22 novembre 2006
Discrimination positive… et compassionnelle
On le sait, Nicolas Sarkozy est obsédé par sa présence dans les médias. Il a tout de même réussi, selon VSD du 15 novembre, à passer 4200 fois à la télévision en dix ans, soit plus d'une fois par jour, c'est tout de même pas mal.
Ne reculant devant rien, il invente toujours une nouvelle façon de faire parler de lui. N'estimant plus, depuis longtemps déjà, utile de se conformer à la loi et aux usages de la république, celui qui asspire à en devenir le chef met en application ses idées sans même attendre qu'elles soient entérinées par la loi.
Ainsi de la discrimination positive, qui n'a d'intérêt que si elle est positive pour lui, bien entendu: alors même qu'elle n'existe pas encore dans les textes, Nicolas Sarkozy a eu l'idée géniale de la mixer avec une autre pratique politique bien connue, celle du piston, du "placement", du népotisme.
Généralement discret, et destiné à des amis politiques, il a été élevé aujourd'hui au rang de méthode de marketing politique, avec la naturalisation ET la création de deux emplois de fonctionnaires, pour Chahrazad, jeune fille grièvement brûlée suite à une agression dont elle avait été victime l'année dernière, ainsi que pour son frère.
Que signifie ce geste? Usant et abusant d'un marketing compassionnel digne de Bataille et Fontaine, Nicolas Sarkozy instrumentalise une fois de plus la souffrance et le malheur partout autour de lui, afin d'attirer sur lui les projecteurs. Peu lui importait le sort de cette malheureuse, pas plus que celui des sans-papiers qu'il a laissé moisir dans le gymnase de Cachan, jusqu'au moment ou, comme à chaque fois, l'idée se fait jour que tout ce malheur peut faire le bonheur de ce petit FN en culotte courte. Culotte pas si courte que ça d'ailleurs, puisqu'il a tout de même réussit à mettre en application plus de la moitié (16 sur 30) des propositions du FN de la campagne de 2002.
Le plus inquiétant dans tout cela, c'est que, comme pour tous les fascistes qui ont pris le pouvoir un peu partout dans le monde durant le siècle écoulé, on ne trouve rien à redire à chaque fois qu'il franchit une nouvelle ligne jaune. Qu'il se prennent à la fois pour un ministre de l'Intérieur ET un ministre de la Justice, aucun problème, la séparation des pouvoirs, on s'assoit dessus. Qu'il critique des décisions de justices, qu'il commente des procédures en cours, malgré l'article 434-25 du Code pénal, qui sanctionne
"Le fait de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance".
Mais quoi, l'indépendance de la justice? Qu'est-ce que c'est, ça n'existe pas, surtout pas pour Nicolas Sarkozy, puisque la loi, bientôt, il en est persuadé, ce sera lui.
Qu'il ponde des lois inutiles et inopérantes, juste pour faire parler de lui, ça n'est pas grave, c'est l'argent du contribuable. Qu'il provoque à tout va, espérant faire flamber à nouveau les banlieues pour avoir à nouveau l'occasion de jouer les matamore, peut importe ça n'est pas sa Safran de fonction qui brûlera…
Cet homme est dangeureux, éminemment dangeureux, il est plus que temps de s'en rendre compte. Sinon, c'est l'histoire qui nous jugera, et le souvenir des français de 2006 sera aussi méprisé par les générations futures que celui des vichystes de 1940.
Un très bon journal, sauf parfois…
Comment est-il possible qu'un journal puisse être à la fois
très bon et très mauvais? Ce grand écart dans le sérieux du traitement de
l'information, on le doit à La Croix. La Croix est objectivement un très bon
journal. Un des rare à proposer une lecture riche et fouillée de l'information.
Lorsque La Croix traite un sujet en Une, c'est un vrai
traitement de fond; En général 3 pages pleines, denses, avec des angles, des
points de vue, des mises en perspective… du journalisme rêvé, tel qu'on me l'a
enseigné à l'école, à l'époque ou le fantasme du Washington Post face au
Watergate, signifiait encore quelque
chose.
Comment ce journal, auquel je viens de tresser de tels
lauriers, peut-il être parfois aussi mauvais? La réponse ne se trouve plus sous
le Titre de Une, depuis longtemps, mais La Croix est et demeure un quotidien
catholique. Et comme partout ou la religion s'insinue, elle pourrie tout ce
qu'elle touche.
Et l'illustration est venue, la semaine dernière, avec la
Une du numéro du 17 novembre: "Ce que coûte l'école catholique". Et
de reprendre, dans la joie et à sens unique, l'étude menée par les responsables
de l'école privée sur le coût de la scolarité dans ses établissements, étude
qui permet de prétendre que le surcoût est dû à une trop faible participation
des collectivités! Quel culot! Alors même que l'amendement lamentable signé
Michel Charasse fait obligation aux communes de financer des écoles privées,
même hors de leur territoire, du moment que des élèves proviennent de la
commune. Ce principe scandaleux menace de pousser encore un peu plus dans le
rouge des budgets municipaux parfois déjà bien mal en point. La séparation de l'église et de l'Etat, la laïcité, l'égalité, tout un tas de principe totalement désuets comme ceux-là passent subitement à la trappe, au nom de la religion. c'est écœurant.
Le débat sera long et compliqué, mais il prouve une fois de plus que les religions sont définitivement un poison pour
l'esprit.